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03 FNRS.news // Juin ‘18 Emile Francqui « Dès 1915, Francqui songeait à l’après-guerre et à la manière dont on allait L’origine du système « francquiste » On retrouve, au cœur de ce collectif, un personnage pour pouvoir affecter, le moins atypique et controversé, Emile Francqui. Nom- en Belgique, le mé à la direction du premier holding fnancier du pays, reliquat fnancier la Société Générale de Belgique, il décide de s’impliquer dans l’organisation du Comité national de secours et présumé du CNSA » d’alimentation (CNSA), créé pour assurer le ravitaille- ment de la population civile. Du fait de l’enlisement du confit, le Comité sera perçu comme le « second gou- vernement » de la Belgique en guerre. Francqui occupe, à ce titre, une position de choix dans l’establishment belge. Mobilisant ses réseaux privés et professionnels, il parvient à doter le CNSA d’un budget important, auquel s’associe bientôt une nouvelle structure américaine, le Committe for Relief in Belgium (CRB). Son initiateur n’est autre que Herbert Hoover, futur président des Etats-Unis, que Francqui avait croisé sur sa route en Chine au début du siècle lors de négociations relatives à la construction et la concession de plusieurs lignes de chemin de fer. La coopération perdurera entre les deux institutions jusqu’à la signature de l’Armistice, non sans certaines diffcultés liées principalement aux contraintes de la guerre et à la personnalité de chacun de leurs « patrons ». Dès 1915, Francqui songeait à l’après-guerre et à la manière dont on allait pouvoir affecter, en Belgique, le reliquat fnancier présumé du CNSA. Il convoqua en toute discrétion une série de responsables universitaires et leur ft part de la de la somme – impressionnante pour l’époque – de 50 millions de francs belges. Pourquoi avoir convié à ce stade les responsables des universités ? 1916, création d'une Premièrement, il faut savoir que les quatre universités du « Fondation Universitaire » pays n’ont pas ouvert leur porte à la rentrée académique de 1914. Aussi bien à Liège et Gand (universités d’Etat) qu’à Bruxelles et Louvain (universités « libres »), il y avait sensible au relatif cloisonnement social et scientifque une certaine animosité dans le chef des autorités acadé- des universités belges. Ces raisons cumulées font que miques à l’égard des occupants. Par ailleurs, les destruc- Francqui connaissait parfaitement la situation précaire tions commises par les Allemands lors de l’invasion du de l’enseignement supérieur en Belgique et qu’il souhai- territoire ont contribué à accroître le capital de sympathie tait y remédier d’une façon ou d’une autre. de l’opinion publique vis-à-vis des universités et, en par- Afn de ne pas heurter les sensibilités en présence, il ticulier, à l’égard de l’Université catholique de Louvain importait de partir des structures préexistantes. Dès lors, dont la bibliothèque fut ravagée par un incendie. Enfn, parmi les différents projets esquissés au fl des sept sur un plan plus personnel, Francqui côtoyait plusieurs réunions qui eurent lieu d’avril à juin 1916, c’est celui universitaires de calibre (dont Félicien Cattier, docteur en d’une « Fondation Universitaire » qui rencontra l’adhé- « Les destructions droit et professeur à l’Université libre de Bruxelles) et était sion du plus grand nombre. L’idée sous-jacente de cette commises par institution à créer au sortir de la guerre était d’octroyer des subsides d’étude et de recherche à des jeunes gens les Allemands méritants. Mais la Fondation était aussi pensée comme lors de l’invasion un espace de rencontre et de sociabilité des professeurs du territoire d’université belges et étrangers. De ce point de vue, elle procédait d’un subtil équilibre entre conceptions ont contribué à traditionnelles et modernes de l’enseignement et de la accroître le capital recherche universitaires. Une même dextérité d’acrobate prévalut pour la préservation des sommes issues du pro- de sympathie de gramme humanitaire et leur distribution, après la guerre, l’opinion publique entre établissements d’enseignement supérieur selon vis-à-vis des une grille de répartition favorisant les quatre universités « complètes ». universités »
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